Rare métier d'art: Bastien Chevalier, marqueteur de bois sur cadran

Par Hubert de Haro / HDH Publishing

MAI 2022

 

Bastien Chevalier exerce une profession rare, un métier d’art inspiré d’une longue tradition séculaire. Et pourtant, cet ébéniste de formation estime aujourd’hui que son quotidien n’est que le fruit du hasard, d’un élégant alignement des planètes en quelque sorte. C’est à Sainte-Croix, en Suisse, que se forgera son destin. À peine sorti de l’apprentissage, il intègre la maison Philippe Monti, reconnue depuis trois générations pour leurs boîtes à musique exquises. L’entreprise connaît alors un développement considérable dans l’horlogerie, bénéficiant des multiples innovations d’un artisan hors pair, sacré meilleur ouvrier de France en 1994: Jérôme Boutteçon. Celui-ci aura une influence considérable sur la carrière professionnelle du jeune Bastien. Rencontre autour du thème de la transmission et de celui des défis posés par l’exercice d’un métier rare: la marqueterie de bois sur cadran.

 

Parqueterie ou marqueterie ?

Les artisans de la haute Egypte utilisaient déjà, il y a plus de trois millénaires, la marqueterie. La Renaissance italienne, et notamment Vanni dell'Ammannato de l’école de Sienne, en Toscane, remet au goût du jour cette technique baptisée alors intarsia de l'arabe tarsī. En réalité, ce mot englobe deux techniques bien distinctes que l’encyclopédie Grove définit en ces termes: "marqueterie: motif ou dessin assemblé à partir de petits morceaux de placage. Dans le cas de la marqueterie, toute la surface, y compris le fond, est plaquée, alors que dans le cas de l'incrustation, à laquelle la marqueterie est historiquement associée, les pièces du motif sont posées sur un fond solide." 1

Le XVIIième siècle voit la marqueterie atteindre un degré de perfection inégalé, portée par deux événements déterminants. Outre-Rhin, les métallurgistes développent de nouvelles scies qui permettent des découpages extrêmement fins. Parallèlement, la Compagnie des Indes Orientales rapporte d’Asie des essences de bois exotiques, jusqu'alors totalement inconnues.

Peu à peu, cet art délicat s’étend dans toute l’Europe pour arriver finalement en France par l’entremise de l'ébéniste Jean Macé (1602-1672), formé à Middelburg, Zeeland, dans les actuels Pays-Bas. À la demande d’Anne d’Autriche, celui-ci réalise pour le Palais Royal un délicat parquet aux saisissantes figures géométriques. Les commentaires semblent unanimement élogieux, à tel point que cette nouvelle technique sera baptisée 'parqueterie', terme qui désigne encore aujourd’hui de la marqueterie de bois aux figures géométriques.

Cet art délicat s’étend dans toute l’Europe pour arriver finalement en France par l’entremise de l'ébéniste Jean Macé (1602-1672), formé à Middelburg, Zeeland, dans les actuels Pays-Bas. 

L'étincelle Boulle

Jean Macé loge et travaille dans les galeries du Louvre, privilège accordé par le Roi Louis XIV à quelques artisans, reconnus pour leurs qualités exceptionnelles. Ceux-ci représentent aussi une main d'œuvre expérimentée et innovatrice, en service continu auprès du Roi et de ses architectes.

Àprès le décès de Jean Macé en 1672, son logement sera attribué à une gloire montante de l'artisanat français : André Charles Boulle (1642-1732). Promu rapidement premier ébéniste du Roi, la définition de son brevet, et par conséquent de ses compétences professionnelles autorisées, dépasse très largement le travail sur bois, comme l’atteste Pierre Kjellberg: "architecte, peintre, sculpteur en mosaïque, ciseleur-graveur, marqueteur, inventeur de chiffres".2

La rare longévité de Boulle, alliée à une boulimie créative sans limite, en fera un des artistes les plus recherchés des Cours Royales et collectionneurs européens (nous ne manquerons pas de revenir dans un prochain article sur son parcours et sa production protéiforme déterminantes pour l'histoire des Arts Décoratifs).

Son empreinte sera telle que les historiens d'art utilisent aujourd'hui le terme de Boulle pour définir une marqueterie qui conjugue bois, métal (cuivre, laiton, étain, bronze) et écailles de tortue. Bien plus que cela, comme l'explique Pierre Kjellberg, sa trouvaille "la plus originale consiste à découper ensemble une plaque de cuivre et une feuille blonde de tortue, selon le dessin choisi, permettant ainsi d'obtenir deux panneaux à la fois similaires et différents. Dans le premier, dit en première partie, le décor s'inscrit en cuivre sur fond d'écaille, dans le second dit en contrepartie, il s'inscrit en écaille sur fond de cuivre." 3

"La trouvaille la plus originale d'André Charles Boulle consiste à découper ensemble une plaque de cuivre et une feuille blonde de tortue, selon le dessin choisi, permettant ainsi d'obtenir deux panneaux à la fois similaires et différents."

La méthode Boulle de superpositions de lamelles de matière lors de la découpe se généralise. Elle présente l'avantage considérable de pouvoir sélectionner la meilleure pièce parmi plusieurs parfaitement identiques.


Le mécène Patek Philippe.

De l'avis unanime des amateurs d'horlogerie, l'exposition 'The Art of Watches Grand Exhibition', organisée par la maison Patek Philippe à New York, en 2017, a autant séduit par ses pièces horlogères uniques que par la présence d’artisans spécialisés. Jamais auparavant une marque horlogère n'avait démontré au grand public un tel engagement à protéger et défendre les métiers d'art. Un mécénat actif qui n’a fait que se renforcer tout au long des dernières décennies.

Nous avons eu le privilège d'être présents dans le cadre exceptionnel du fameux palais Cipriani, situé 42nd Street. Sous le charme des lieux, la rencontre avec l'artisan et maître en marqueterie Jérôme Boutteçon fut surprenante à plus d'un titre. D’origine franc-comtoise également, l’artisan nous a dévoilé alors rares détails de la saisissante montre de poche baptisée "le portrait d'un amérindien", pièce unique ref. 995/107G. Pas moins de 304 pièces issues de 20 types de bois différents composent ce gigantesque puzzle dont l’effet final hypnotise.


Patek Philippe ref. 995/107G, 'Portrait of an American Indian'. 2017. Montre de poche pièce unique en or gris 18K avec fond en marqueterie de bois et cadran émaillé. 304 pièces de bois, issues de 20 essences aux couleurs, textures et veinures variées. © photo: Patek Philippe

 

Art ou artisanat ?

Et pourtant, Jérôme Boutteçon n'en est pas à son premier essai, loin s'en faut. Il signe, au début des années 2000, les cabinets marquetés des 25 exemplaires de l'Atmos Millénaire Jaeger-LeCoultre, inspirés des quatre saisons d’Alphonse Mucha. L’artisan déclarait alors dans une de ses trop rares entretiens: "la marqueterie ? Au départ, c'est un travail artisanal. Si on met son âme, elle devient de l'artisanat d'art". 4

La famille Stern lui commande alors un premier travail, un écrin marqueté. Le résultat est à la hauteur de la réputation du maître. À tel point que surgit un projet inédit, un défi lancé à l'artisan : décorer non pas un écrin ou un cabinet, mais un cadran de montre, une première dans l'horlogerie.

S’ensuivent alors deux décennies d’intense collaboration qui culminent en cette année 2022 par la collection ‘Haut Artisanat’.

Surgit alors un projet inédit, comme un défi lancé à l'artisan Jérôme Boutteçon : décorer non pas un écrin ou un cabinet, mais un cadran de montres Patek Philippe, une première dans l'horlogerie.

 

Patek Philippe ref. 995/129J-001 baptisée 'Grand Koudou'. 2022. Montre de poche pièce unique en or jaune 18K avec fond en marqueterie de bois et cadran émaillé. © vidéo: Hubert de Haro pour HDH Publishing.

 

Exceptionnelle, cette collection fut inaugurée le 6 avril dernier dans la boutique Patek Philippe de Genève, où nous avons eu le privilège de les observer dans le détail tout en échangeant avec les artisans présents. L'exposition a ensuite été présentée à Paris, également dans la boutique de la marque, du 14 au 22 de ce mois de mai.

 

Patek Philippe ref. 995/1305, baptisée 'Cygne'. 2022. Montre de poche pièce unique en or gris avec fond en marqueterie de bois et cadran émaillé doté d'aiguilles gravées main. 223 pièces de bois, issues de 23 essences aux couleurs, textures et veinures variées. © photo: Patek Philippe.

 

Rencontre avec Bastien Chevalier

Et puisque la transmission assure la pérennité de l'artisanat, nous avons eu le bonheur de recueillir le témoignage de 'l'élève' Bastien Chevalier, aujourd’hui marqueteur sur bois indépendant, installé à Sainte-Croix, dans le Jura Suisse.

 

Vidéo sur le parcours personnel et professionel du marqueteur de bois Bastien Chevalier. © vidéo: Thibault Vallotton pour la Michelangelo Foundation.

 

Comment définissez-vous votre profession ?

La marqueterie n'est pas très connue, même si actuellement elle se diversifie et prend de l'essor. Je l'explique simplement comme un puzzle en bois. Les supports peuvent varier, à savoir des tableaux, des sculptures et mêmes des cadrans, ma spécialité depuis environ dix ans.

La réalisation d'une marqueterie de bois exige la découpe rigoureuse de dizaine de pièces de bois, aux essences et tonalités pré-définies par l'artisan. Ici, détail d'une réalisation originale signée Bastien Chevalier. © photo: vidéo de Thibault Vallotton pour la Michelangelo Foundation.

 

Vous êtes-vous réveillé un jour en vous disant "Bastien, tu seras micro-marqueteur sur cadran" ?

(rires)

Je suis ébéniste de formation.

À la fin de mon apprentissage, la société suisse de Sainte-Croix Philippe Monti a bien voulu m'engager. Je m'attendais à y apprendre le quotidien du métier d'ébéniste. Tout au contraire, on m'a enseigné la marqueterie de bois, quelle chance! Jérôme Boutteçon m'a tout appris. J'ai collaboré par exemple à la réalisation des cabinets de l'Atmos Millénaire ‘Aurore & Crépuscule’ 5.

"Jérôme Boutteçon m'a tout appris."

Après cinq ans de formation, en 2004, la société ferme ses portes. J'ai alors commencé mes recherches. Comme en Suisse, la marqueterie n'est pas reconnue comme un métier, je savais à l'avance que cela ne donnerait rien. Ce qui m'a poussé à me mettre à mon compte et à ouvrir mon propre atelier.

Un des 25 exemplaire de l'Atmos Millénaire ‘Aurore & Crépuscule', ref. 555.126.3. 1999. Cabinet totalement marqueté sur bois par l'entreprise Philippe Monti, notamment le maître Jérôme Boutteçon et son apprenti Bastien Chevalier. © photo: Antiquorum

 

Pourquoi la Suisse ne reconnait-elle pas la marqueterie ?

Il n'y a pas d'école de marqueterie, ni de CFC (Certificat Fédéral de Capacité), contrairement à la France ou à l'Italie. Les restaurateurs suisses qui font de la marqueterie aujourd'hui sont ébénistes. Je pense donc être un des seuls professionnels en Suisse qui ne fait exclusivement que de la marqueterie.

J'ai eu quelques commandes : pour François Junod, Vianney Halter, deux boîtes à musique pour Reuge.

J'ai reçu également des avances pour quelques tableaux paysages sur St-Croix, du type représentation de chalet. J'ai remboursé l'argent deux ans plus tard; je n'ai jamais réussi à les faire; cela n'était vraiment pas mon style!

C'est à ce moment que j'ai travaillé plus sur mon style et que je me suis rendu compte que quoiqu'on fasse, cela plaît ou pas du tout. Donc, autant faire ce qui nous plaît. Pour ceux à qui cela parle, cela plaira d'autant plus que cela vient du cœur.


Comment définissez-vous votre style aujourd'hui ?

J'adore le graffiti mais aussi les thèmes Nature, l’Art Nouveau. En fait, j'aime mélanger tous les styles : végétal, insectes avec le Street Art.

Marqueterie de bois originale conçue et réalisée par Bastien Chevalier. © photo: vidéo de Thibault Vallotton pour la fondation Michelangelo.

 

Comment êtes-vous arrivé aux cadrans ?

Si je fais le compte des ventes de mes tableaux ou de mes sculptures en marqueterie, cela est insuffisant. Pour les galeries suisses, un tableau en marqueterie n'est pas de l'art. Même si j'ai envoyé des dossiers photos complets pour montrer que je faisais de la création...

Parmigiani Bastien Chevalier

Montre Parmigiani 'Tonda Mambo'. 2014. Cadran en marqueterie de bois, réalisé par Bastien Chevalier. © photo: Parmigiani Fleurier.

 

ADM_05May22_Bastien_Tonda «Trompettiste»2015_Woodstock2013_Pershing Tourbillon "Samba Madeira"2013_
Montres Parmigiani Collection Tonda: 'Trompettiste' (2015), 'Woodstock' (2013) et 'Pershing Tourbillon Samba Madeira' (2013). Cadrans en marqueterie de bois réalisés par Bastien Chevalier. © photo: Parmigiani Fleurier. Montage photo: Hubert de Haro pour HDH Publishing.

 

Comme je connaissais bien les horlogers sur Sainte-Croix, j'ai commencé avec Yvan Arpa. Suite à cela, la Télévision Suisse Romande a réalisé un reportage sur mon travail, ce qui m'a permis de travailler pour Saskia Maaike Bouvier, puis Parmigiani et enfin Vacheron Constantin grâce à François Junod. Sans l'horlogerie cela ferait longtemps que je serais au social!

"La Télévision Suisse Romande a réalisé un reportage sur mon travail, ce qui m'a permis de travailler pour Saskia Maaike Bouvier, puis Parmigiani et enfin Vacheron Constantin grâce à François Junod. Sans l'horlogerie cela ferait longtemps que je serais au social!"


Avez-vous imaginé vous reconvertir sur d'autres métiers d'art lié à l'horlogerie, comme l'émaillage ?

Même dans des moments difficiles, j'ai toujours cru à la marqueterie. C'est nouveau, j'ai mon style, et il y a peu de professionnels dans le monde. Vacheron Constantin vient d'ailleurs juste de me confirmer un accord à plus long terme.

J'ai par ailleurs lancé une marque de montre avec un ami ( Mbch ).

Bastien_Les Cabinotiers_2019_Crédits VC

Quelques exmples de montres Vacheron Constantin 'Les Cabinotiers'. 2019. Cadrans en marqueterie de bois réalisés par Bastien Chevalier. © photo: Vacheron Constantin. Montage photo: Hubert de Haro pour HDH Publishing.

 
Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

C'est un projet qui a duré sept ans. Avec un ami constructeur de mouvement, on voulait avant tout se faire plaisir. Chaque montre est une pièce unique, basée sur un sujet proposé par le client ou, ce que je préfère, un sujet que je propose.

Mouvement développé exclusivement pour la marque de Bastien Chevalier, Mbch. © photo: Bastien Chevalier.

 
Quelle est la durée de réalisation d’un de vos cadrans?

Le dernier cadran "pi" m'a pris un mois et demi de travail. Pour le Panda de Vacheron Constantin, c'était de la folie: 400 pièces de bois dans le cadran donc deux mois de travail!

"Pour le Panda de Vacheron Constantin, c'était de la folie: 400 pièces de bois dans le cadran donc deux mois de travail!"

Cadran ‘Panda’ en marquerie de bois pour Vacheron Constantin. Pas moins de sept pièces ont été choisies et découpées pour chaque œil, dont la taille ne dépasse pas 1 par 1,5 mm. L’ensemble du cadran compte un total de 400 pièces de bois. Deux mois de travail furent nécessaire à Bastien Chevalier pour achever ce cadran 'panda'. © photo: Bastien Chevalier.
 
Avez-vous une routine quotidienne de travail ?

Non. Je peux aligner 18 heures de travail non-stop certains jours, alors que d'autres, rien ne va. La marqueterie impose des étapes très strictes, précises, qui exigent de la rigueur du début à la fin. Je ne peux donc pas me permettre de manquer de concentration. Je me fixe de plus en plus des horaires de travail, ce qui me libère du temps pour reposer mes yeux et pour méditer.

J’aime la devise « Amat Victoria Curam », ou encore « la victoire aime la préparation » !

 

Quelles en sont les principales étapes?

Tout commence par un projet dessin au crayon de couleur ou graphite, suivi d'un dessin au Rotring sur papier calque.

Puis vient le choix des bois, par essence correspondant aux couleurs et aux textures choisies.

Ensuite vient la "découpe des tirages": il s'agit de découper sur du papier chaque pièce constitutive en laissant bien visible le pourtour. Je colle chacun de ces papiers sur une superposition de plusieurs couches de placages identiques avant de découper le pourtour de la pièce. Cette étape est la plus délicate et ne peut se faire que manuellement. Pas question de lazer!

Découpe du pourtour de plusieurs pièces de bois identiques grâce à la superposition de couches de placages. © photo: vidéo de Thibault Vallotton pour la fondation Michelangelo.

 

Je donne ensuite du volume à certaines pièces en brûlant avec beaucoup d'attention certaines parties. Il s'agit de l'ombrage.

Je monte toutes les pièces de mon puzzle à l’aide de scotch de carrossier sur le mauvais côté, puis j’encolle un craft sur la belle face pour au final enlever les scotch et pouvoir coller la marqueterie sur le support. Enfin, le ponçage en surface permet d'enlever le papier craft et de mettre ainsi tous les bois au même niveau.

Je termine avec le vernissage.

Pour chaque essence de bois, j'ai des paquets de plusieurs feuilles identiques. J'ai conservé la même technique que Jérôme m'a apprise à l'époque ; c'est la meilleure. La base est plus rigide et stable lors de la coupe.

"Pour chaque essence de bois, j'ai des paquets de plusieurs feuilles identiques. J'ai gardé la même technique que Jérôme (NDLR: Boutteçon) m'a apprise à l'époque ; c'est la meilleure."

Cela permet aussi de faire une petite série et, pour des pièces uniques, je choisis la plus belle. Sinon, si une pièce casse, je peux ainsi la changer.

 

Vos cadrans se conservent-ils bien dans le temps?

Il ne m'est jamais arrivé que la marqueterie se décolle.

En revanche, il sera éventuellement nécessaire, dans dix ou vingt ans, de restaurer un cadran en le ponçant légèrement pour raviver le bois et le revernir. C'est la raison pour laquelle il ne faut pas trop poncer lors de la fabrication.

Il est vrai que certaines marques horlogères sont parfois appréhensives, surtout celles qui ont réalisé des essais en interne sans résultat concluant.

Pour moi, après plus de dix ans d'expérience, je dois avouer que je n'ai jamais eu de soucis.

 

Sur quel critère choisissez-vous vos essences bois? Existent-t-ils des bois plus adaptés, à l’instar de la gentiane ou du sureau, pour le polissage haut de gamme?

C'est l'esthétique (texture et couleur) qui prime, même si le bois est plus difficile à travailler.

Je me fournis essentiellement à Paris, en Alsace et en Italie.

J'ai d'ailleurs pu stocker récemment, donc je suis plutôt satisfait. Même si l'avenir m'inquiète : les fournisseurs ont tendance à laminer les plaquages de plus en plus fins. On se retrouve alors avec des feuilles de papier journal, de moins de 0.4 mm. À cette épaisseur, la colle ressort à travers le bois.

Quels sont vos projets d'avenir?

Même si les galeries ne sont pas encore prêtes, j'y crois quand même beaucoup. Un bon exemple est le graffiteur américain JonOne installé aujourd'hui à Paris. Il est entré en galerie en 1985 et est aujourd'hui mondialement connu.

 

Montre Mbch dont le cadran de marqueterie sur bois a été entièrement conçu et réalisé par Bastien Chevalier. © photo: Bastien Chevalier.

 

Plutôt une carrière d'artiste?

J'adore ce que je fais pour Vacheron Constantin, même si cela reste très motivant pour moi de créer mes propres compositions.

Ceci étant dit, tout rêve d'artiste est d'être exposé au Musée, et ça je l'ai déjà réussi puisque Vacheron Constantin me laisse signer les cadrans. Dans 40 ans, lorsque ces pièces sortiront des coffres, elles devront finir au Musée avec mon nom. C'est fabuleux!

"Dans 40 ans, lorsque ces pièces sortiront des coffres, elles devront finir au Musée avec mon nom. C'est fabuleux!"

 

Comment envisagez-vous la transmission aux prochaines générations?

Depuis l'installation de mon atelier, j'ai reçu une dizaine de stagiaires de l'école Boulle de Paris en particulier, ainsi que d’autres écoles. Mais en général, après leurs stages, ils ne se décident pas à lancer d’atelier indépendant.

 

 

Nous tenons à remercier Bastien Chevalier pour sa disponibilité et sa gentillesse. Nul doute que cet artisan-artiste saura concilier la marqueterie de bois sur cadran et la réalisation de ses rêves d'artiste. Il a en tout cas le mérite d'y dédier toute son énergie, sa résilience et ses connaissances techniques.

De quoi nous rappeler cette phrase, souvent attribuée à Thomas Jefferson :  «j’ai remarqué que plus je travaille dur, et plus je semble avoir de la chance ».

 

Site officiel de Bastien Chevalier: www.bastienchevalier.ch

© photo principale: vidéo de Thibault Vallotton pour la fondation Michelangelo.

Références citées (par ordre d’apparition):

1 « The Grove encyclopedia of Materials and Techniques in Art », édition WARD Gerald W.R. pp 362 ; traduction libre de l’auteur.

2 KJELLBERG Pierre, « Le Mobilier Français du XVIIIe siècle, dictionnaire des ébénistes et des menuisiers », les éditions de l’amateur. pp 106;

3 KJELLBERG Pierre, « Le Mobilier Français du XVIIIe siècle, dictionnaire des ébénistes et des menuisiers », les éditions de l’amateur. pp 108 ;

4 “Jérôme Boutteçon, le maître des essences” , Le Journal des Arts.fr, Mai 2000 ;

5 Le numéro 4 de cette série limitée à 25 pièces fut vendue en 2013 par la maison aux enchères Antiquorum pour 60.000 chf.

Lecture complémentaire suggérée:

ROSEAU-LÉVESQUE Catherine , « MARQUETERIE », Encyclopædia Universalis [en ligne]. https://www.universalis.fr/encyclopedie/marqueterie/